Qui êtes-vous ?
Une femme qui rêve le monde et qui tente de le réécrire à sa  manière.
Aujourd’hui, l’heure serait au bilan, la vie est derrière mon épaule et pourtant c’est toujours la même interrogation… et si après ? Si la merveilleuse aventure continuait encore et encore ?  Et c’est toujours la même soif d’être libre et de créer des univers par l’écriture et l’imagination, univers qui pourtant n’égaleront jamais  la lumière du soleil sur la mer et n’effaceront jamais non plus la cruauté du monde.
J’aime vivre, j’aime écrire et j’enseigne aussi une discipline bien singulière à laquelle j’ai voué une grande partie de ma vie. Je transmets ma passion et les résultats de mes expériences très personnelles à ceux qui se posent la même question que moi : « Qu’est-ce qui se cache derrière les apparences de la vie, qu’est-ce qui nous attend peut-être après la mort ? » On appelle parfois cela la recherche ésotérique. Autant dire que les savoirs transmis par l’éducation, l’école ou l’université, ne font pas partie de mon enseignement mais c’est grâce aux outils légués par ces instances sociales et culturelles que je sais lire, écrire  et  enseigner.
Je suis une rebelle sans doute, bien pacifique, certains diront une marginale, je leur accorde volontiers. Bien que j’estime impossible de mettre une étiquette sur moi et que je souhaite que personne ne puisse être étiquetée et rangée à une place convenue.
Je suis seulement ce que je suis.

La place que les livres tiennent dans votre vie ?
D’innombrables livres m’ont ouvert les portes d’univers inconnus, autres lieux, autres temps, autres cultures, autres cœurs. J’ai vu le monde à travers d’autres yeux, entendu sa voix avec d’autres oreilles, j’ai vécu mille vies et je suis morte mille fois.
Fermer un livre est toujours comme une tristesse, presque un deuil, mais heureusement, d’autres livres sont là, frais et nouveaux, prêts à être lus et relus… Aimés et rêvés, ils sont la nourriture de mon esprit.

Avez-vous des rituels d’écrivain ? (Choix du lieu, de l’horaire, d’une musique de fond) ?
Le mot rituel me dérange un peu. Cependant, je dois reconnaître qu’il faut que certaines conditions soient réunies pour que je puisse écrire.
Il faut :
• que je sois absolument seule dans ma maison et que rien ni personne ne puissent venir me déranger.
• que je sois en face-à-face avec mon écran d’ordinateur (à une certaine époque j’ai connu le face-à-face avec le papier et les crampes dans les doigts, je préfère nettement le face-à-face avec l’écran). Quand j’écris, je parle à haute voix pour deux raisons : parce que je travaille beaucoup en reconnaissance vocale, je ne saurais pas m’en passer, mais aussi parce que j’aime relire mes phrases à haute voix. Peu importe l’heure.
• Je n’utilise pas de musique de fond mais avant de commencer à écrire j’écoute certaines chansons. Quand je me mets à écrire, il faut que le silence soit total.

Comment vous vient l’inspiration ?
L’inspiration ? Ce sont des personnages qui s’imposent à moi avec force, je ne peux pas leur échapper. Ils s’imposent à moi avec la totalité de leur personnalité, de leur physique, de leur esprit, de leur histoire. Ils ne ressemblent jamais à des personnes que j’ai rencontrées, vivent quelquefois dans des pays ou des sociétés que j’ai aimées mais pas toujours, il arrive aussi que les lieux dans lesquels ils évoluent soient fictifs ou inconnus de moi. Ces personnages investissent toutes mes pensées et m’empêchent souvent de dormir.
Vient la 2e phase de l’inspiration, je commence à rêver volontairement ces personnages. C’est la phase la plus agréable du travail jusqu’à ce que je me décide à les écrire, c’est la 3e phase, la plus difficile, la plus laborieuse, voire la plus douloureuse.
Quand c’est fini, je me sens vide et triste mais heureusement très bientôt reviendront s’imposer d’autres personnages avec leur vie.

Comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ? Vous êtes-vous dit enfant ou adolescent  « un jour j’écrirai des livres » ?
L’écriture est entrée dans ma vie depuis si longtemps que je ne me souviens plus quand exactement. Adolescente, j’ai le souvenir que je passais la plus grande partie de mon temps à écrire et quelquefois pendant les cours en classe ! Mais étant donné que j’obtenais d’excellents résultats scolaires, cette habitude ne causait aucun problème.
Je me souviens que j’écrivais une sorte de journal intime très romancé et puis bientôt, inévitablement, un roman.
Je me souviens aussi d’avoir écrit une nouvelle sur la demande d’un professeur et j’ai obtenu la meilleure note de la classe !
Une fois étudiante en lettres classiques, j’ai continué à écrire et j’étais décidément branchée sur le roman, puis ayant terminé mes études universitaires, j’ai mené une vie extrêmement mouvementée avec tant de voyages et d’aventures que tous mes écrits ont fini dans les consignes des gares, les garages et les caves. Je n’en étais pas pour autant chagrinée car je n’avais pas le désir d’être lue ou éditée. Quelquefois, je me dis que c’est peut-être dommage, ne serait-ce que pour moi évidemment !
Je me disais tout de même que plus tard, je serais écrivain même si l’idée d’être éditée ne me convenait pas car je voyais se profiler avec le métier d’écrivain des contraintes sociales et professionnelles. Pourtant, je ne me voyais pas exercer un autre métier… ce qui s’est réalisé en fin de compte ! J’ai écrit tout au long de ma vie tout en exerçant un autre métier que le métier d’écrivain. Mais ce n’était pas un métier banal ni répertorié, c’est un métier que j’exerce encore aujourd’hui, j’y suis entièrement libre et créative… L’écriture y a toujours tenu une place de choix et, dans ce domaine là, disons l’ésotérisme, j’ai accepté d’être lue et même d’être éditée. En fin de compte, j’ai été très fidèle à moi-même.

Vous souvenez-vous de vos premiers chocs littéraires (en tant que lecteur) ?
Le 1er choc, c’est la lecture Des Hauts de Hurlevent.  J’étais une enfant, même pas une adolescente, j’ai été absolument fascinée, envoûtée et bien plus… J’avais retrouvé le monde dans lequel je vivais déjà. Au cours de ma vie, j’ai relu maintes fois cet ouvrage, et je suis toujours touchée au plus profond de moi. Combien de fois n’ai-je pas rêvé la lande sur laquelle courent Catherine et Heathcliff. Les petites mains de la fillette qui s’accrochent aux barreaux de la fenêtre, sa voix qui appelle Heathcliff au seuil de la mort, je ne peux pas les oublier…
2e choc, adolescente, je découvre Arthur Rimbaud et avec lui, la vie rêvée, l’ailleurs et la beauté magique des mots… le dérèglement de tous les sens. Descendre le fleuve avec le bateau ivre et sombrer avec lui…
3e choc, Lawrence Durrell et Le Quatuor d’Alexandrie. J’ai succombé au charme de la ville, et ce, des années avant qu’un bienheureux hasard ne m’est menée dans cette même ville.

Savez-vous à quoi servent les écrivains ?
Ah ! Si je le savais !
Je sais seulement qu’ils existent et que s’ils n’existaient pas le monde ne serait pas ce qu’il est.
Chacun à sa manière apporte quelque chose de précieux et d’unique au monde…
Autant d’écrivains, autant de chances pour les lecteurs de vibrer, de rêver, d’apprendre, de s’ouvrir et de participer à la grande aventure humaine.

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